71ème anniversaire du 8 mai 1945
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Intervention de Michèle Picard
71ème anniversaire du 8 mai 1945

Madame, Monsieur,

Veuillez trouver, ci-joint, l'intervention de Michèle Picard, maire de Vénissieux et conseillère métropolitaine, prononcée lors de l'anniversaire du 8 mai 1945.

Cordialement

André GERIN




Intervention de Michèle Picard à l’occasion du

71ème anniversaire du 8 mai 1945 (Usine Marius-Berliet)


« La guerre-monde ». C’est le titre qu’un collectif d’historiens, dirigés par Alya Aglan et Robert Frank, a donné à un ouvrage majeur, consacré à la seconde guerre mondiale.

Avec cette date, qui peut paraître surprenante, mais qui trouve tout son sens, à la lecture du livre : 1937-1947, et non « 1939-1945 ». J’y reviendrai.

« Guerre-monde » parce que tous les continents ont été touchés.

« Guerre-monde » parce que les victimes sont issues de plus de 60 pays différents.

« Guerre-monde » parce qu’il est toujours aussi difficile, 70 ans après, de s’accorder, sur le nombre de personnes disparues.

A la guerre entre pays, se sont ajoutés les guerres civiles, les génocides, les déplacements de population, la famine, les maladies.

Entre 50 et 70 millions de morts, soit plus de 2% de la population mondiale, c’est l’estimation la plus répandue, qui en fait le conflit le plus meurtrier de l’histoire de l’humanité.

« Guerre-monde » car, pour la première fois, les pertes touchent plus les civils que les militaires. 40 à 52 millions de morts, y compris 13 à 20 millions de maladie ou de famine.

Les pertes militaires s’évaluent entre 22 et 25 millions, dont 5 millions de prisonniers de guerre, morts en captivité. Jamais l’homme n’avait été aussi destructeur. Rien qu’une bataille, celle de Stalingrad, fera un million de morts, en l’espace de six mois.

Jamais l’homme n’avait nié à ce point, l’idée même d’humanité et de civilisation. Au-delà des tragédies, le 3ème Reich s’est attaqué, à l’esprit des Lumières et au genre humain, à la Révolution de 1789 comme à l’héritage de la démocratie grecque et du droit romain.Dans les camps de la mort du régime nazi, c’est plus qu’une guerre qui a lieu, c’est la négation de l’être humain, sa destruction physique et psychologique, c’est l’industrie de la mort au service d’un génocide, l’anéantissement des juifs d’Europe.

Des historiens estiment que 5,7 (78 %) des 7,3 millions de juifs vivant dans les territoires occupés par l’Allemagne, ont été victimes de la Shoah, dont environ 3 millions dans les camps.

Déportés, réduits à la condition d’esclaves, opprimés, puis gazés et brûlés.

Hommes comme enfants, femmes comme personnes âgées. Par centaines, par milliers, par millions. Parce qu’ils étaient juifs, parce qu’ils étaient tziganes, parce qu’ils étaient communistes, syndicalistes, socialistes, résistants, homosexuels ou handicapés. C’est l’autre, la figure de l’autre et le visage de la différence, que l’extrême droite, comme tout au long de son histoire, veut supprimer. Au nom de la pureté de la race aryenne, au nom de l’homme nouveau, sous le pire régime totalitaire de l’histoire humaine, le 3ème Reich.

Pour le collectif d’historiens auteur de « La guerre-monde », l’euro-centrisme qui nous fait commencer la guerre, avec l’invasion nazie de la Pologne, le 1er septembre 1939, doit être relu, à la lumière d’événements extérieurs.

En Asie et en Afrique, avec l’invasion de la Mandchourie en 1931, de l’Ethiopie en 1935, de la Chine en 1937, le nationalisme japonais et le fascisme italien, imposent déjà des guerres d’occupation de territoires entiers. Le massacre de Nankin en 37, où des centaines de milliers de civils et de soldats désarmés, sont assassinés, et entre 20 000 et 80 000 femmes et enfants violés par les soldats nippons, porte en lui les germes d’une brutalité sans précédent.

En Allemagne, la nuit des longs couteaux en 34, et la nuit de cristal en 38, créent un climat de terreur, tout en désignant clairement, les cibles à venir du 3ème Reich : les communistes, les sociaux-démocrates, victimes de purges et d’exécutions sommaires, et les juifs.

Quand l’Allemagne allait commettre l’impensable et l’innommable, le pétainisme faisait basculer notre pays, dans l’irréparable. La collaboration est une tache sombre dans notre histoire collective.

Irréparable les lois scélérates de Vichy : l’appareil discriminatoire mis en place, avec le séquestre des biens et entreprises, appartenant aux juifs absents ou arrêtés (octobre 40) ; le premier convoi de déportés depuis le camp de Compiègne (27 mars 42), le port obligatoire de l’étoile jaune (29 mai 42, appliqué dès le 7 juin).

Et puis il y a un arsenal de mesures contre les femmes, et le monde travail que je souhaiterais rappeler. Le 4 octobre 1941, le régime de Vichy promulgue la loi relative à « la charte du travail ».

Cette dernière instaure des corporations par secteurs d’activités, en vue de réduire les revendications ouvrières, et de balayer du revers de la main, toute forme de lutte des classes. La Charte du Travail dissout officiellement les syndicats ouvriers, (ce qui était déjà le cas depuis le 9 novembre 1940), et, dans son article 5, interdit purement et simplement la grève. A travers les corporations, Pétain et son ministre de l’Économie nationale, René Belin, entendent contrôler tout l’appareil productif, et mettre au pas la classe ouvrière.

Cette Charte du travail s’inspire du modèle fasciste italien, que Mussolini avait initié en 1927, et qui accordait les pleins pouvoirs au patronat, dans un cadre autoritaire et répressif.

Le régime de Vichy profite également de la collaboration, pour diffuser dans le monde du travail, la pensée Maurassienne, anti-Lumières et contre révolutionnaire. C’est le décret d’Allarde, voté en 1791, qui est dans le viseur, celui qui accordait notamment, la liberté d’entreprendre.

Quant au salaire minimum, promis aux travailleurs et aux syndicats, avant qu’ils ne soient interdits, ce salaire minimum ne verra jamais le jour, sous Vichy.

Ce bref rappel illustre combien, tout au long de son histoire, l’extrême droite n’a jamais défendu que les intérêts du patronat, les intérêts du plus puissant. Hier comme aujourd’hui, aujourd’hui comme hier.

La colère populaire, légitime en 40, comme sous le libéralisme monstrueux de nos jours, se trompe d’objectif, lorsqu’elle se réfugie dans les bras du nationalisme et du populisme. C’est aussi une leçon de l’histoire, et une leçon terrible de ce que fut la collaboration en France.

Mais cette commémoration nous donne aussi l’occasion de saluer l’autre France, celle qui nous a permis de vivre libre, et de vivre en République, depuis la chute de Vichy et la capitulation sans conditions du régime nazi.

Face à la France soumise s’est dressée la France insoumise, la France du courage. Celle qui a su dire Non. Elle porte les noms de Jean Moulin et de De Gaulle, de Manouchian et des FTP MOI, des tirailleurs sénégalais, algériens, des combattants de l’outre-rhin, la France des humbles et des maquis, la France des justes.

Elle porte aussi des noms de femmes, de Lucie Aubrac et Germaine Tillion, de Lise London, de Olga Bancic, Berthie Albrecht, Danielle Casanova, Elsa Triolet, Cécile Rol-Tanguy, des femmes du Nord, basques, corses, bretonnes, des femmes immigrées.

Oui, ce sont eux et elles, souvent au prix du sang et de drames terribles, qui nous ont appelés à rester vigilants, eux qui nous ont transmis le flambeau de la mémoire, de la résilience, et de la démocratie. Nous devons, aujourd’hui plus que jamais, lutter contre le populisme et la montée effarante du Front National en France, et de l’extrême droite en Europe.

Ne voit-on pas, jour après jour, grandir un péril, qui peut nous submerger demain, comme il a emporté, il y a plus de 70 ans, des générations entières, dans le bruit et la fureur d’une guerre totale. Les Républiques sont fragiles, beaucoup plus fragiles qu’on ne le croit. L’élection d’Hitler n’est-elle pas aussi, le fruit de l’affaissement de la République de Weimar ?

En juin 40, la 3ème République n’a-t-elle pas été balayée et emportée en un rien de temps, par les forces réactionnaires et pétainistes, du côté de Bordeaux. Plus que les faiblesses des démocraties, les leçons de la seconde guerre mondiale doivent nous interroger sur leur fragilité.

Ce que l’on croit permanent, l’histoire nous en dévoile l’impermanence. Ce que l’on croit acquis peut se désagréger très rapidement. Et quand j’entends Marion-Maréchal Le Pen, il y a quelques jours à peine, se dire « saoulée par les valeurs de la République », nous savons tous que le danger n’est pas derrière nous, mais parmi nous.

Je vous remercie.




A n d r é     G E R I N
Député-Maire Honoraire de Vénissieux
27 rue Francis de Pressensé
69190 SAINT-FONS
Tél - Fax : 04 78 67 16 99
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