Discours obsèques Marie Cazorla, la Pasionaria des Berliet
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Discours

Obsèques de Marie Cazorla



Cher(e) Camarade

Tu trouveras, ci-joint et ci-dessous, le discours que j'ai prononcé lors des obsèques de Marie Cazorla "La Pasionaria des Berliet"

Fraternellement

André GERIN



Disparition de Marie CAZORLA vendredi 28 août 2015

Obsèques Nouveau Cimetière – Mercredi 2 septembre 2015

 

Cher Camille, Chère Magali, Chers neveux et nièces,

Marie Cazorla nous a quittés à près de 94 ans. Elle est partie rejoindre sa fille Annie, décédée en 2006 et son mari Jean, disparu il y a 12 ans.

A l’évocation de son parcours, ce qui est frappant par dessus-tout, c’est toute une vie, soit près de 80 ans d’engagement.

A 14 ans, la petite Bastida adhère aux « jeunes filles de France », version féminine des jeunesses communistes. Jamais elle n’oubliera ses racines et toujours elle nous dira, je la cite : « je suis issue d’une famille de Républicains espagnols ». Voilà donc sa marque de fabrique.

Ce qui l’amène toute jeune à soutenir les brigades internationales pour aider les Républicains espagnols. Du haut de ses 14 ans, elle brandit déjà les couleurs : une faucille et un marteau sur un foulard blanc.

C’est une femme du peuple, une femme d’exception. Une dirigeante syndicale charismatique, ouvrière OS chez Berliet, engagée à la CGT et au PCF. D’ailleurs, tous les dirigeants de la CGT et du PCF de l’époque, savent à quel point Marie a compté  par son dynamisme et sa pugnacité dans les combats communs. Je peux même citer des témoins qui l’ont très bien connue dans les combats chez Berliet : il s’agit de Madeleine Alloisio, Roger Bourdeleau et Louis Alloisio.

Elle connaît la gestion ouvrière de 1944 à 1947 quand l’entreprise Berliet est mise sous séquestre, de la même manière que les usines Renault. Elle y est embauchée en 1945, elle a seulement 23 ans. Marie est partie prenante avec les militants le dimanche.  Tous ensemble ils vont s’atteler à travailler gratuitement pour reconstruire les bâtiments de l’usine qui ont subi les bombardements.

En 1947, tout change avec l’application du plan Marshall et l’éviction des ministres communistes du gouvernement du Général de Gaulle. Quelques années plus tard, les usines sont rendues à la famille Berliet. A partir de là, on assiste à la chasse aux syndicalistes et aux communistes.

Marie sera partie prenante des grandes grèves des années 50. C’est une déléguée du personnel hyperactive. Elle se démène tout azimuts. C’est une femme volontaire, engagée et engageante. Dans l’usine, nous l’appelions la pasionaria des Berliet. La petite Bastida est devenue grande au milieu de 600 hommes à représenter et à défendre. Mais Marie est une femme d’une grande autorité. Son lieu de travail est situé dans l’atelier d’usinage des blocs moteurs, où des pièces arrivent tout droit de la fonderie. C’est un métier salissant. Il faut être particulièrement vaillant pour travailler dans le bruit, la fumée, la poussière et la chaleur.

Elle mène déjà son combat féministe via le journal de la CGT « rêves et réalité ». Elle est responsable de l’UFF (Union des Femmes Françaises). Elle y dénonce les discriminations qui sont faites aux femmes qui sont rémunérées 10 % de moins que les hommes pour le même travail. Elle se bat aussi pour l’amélioration des conditions de travail et fait en sorte d’obtenir des postes en dehors de la production. Si possible, elle obtient pour certains un travail d’employé dans les bureaux.

Elle a beaucoup donné au détriment de son salaire. Elle disait : «  je ne suis pas carriériste, je suis communiste ». Elle a mené 20 ans de bagarre syndicale de 1945 à 1964, 20 ans de luttes politiques contre les guerres en Indochine et en Algérie et plus tard, contre les guerres du vietnam.

En 1965, elle quitte Berliet. Engagée au PCF, membre de la direction départementale du Rhône, elle deviendra adjointe au maire sous la mandature de Marcel Houël et ce, jusqu’en 1983.

Elle sera tour à tour élue responsable des restaurants d’enfants, des colonies de vacances puis de l’aide sociale et du 3ème âge. Elle avait très envie d’entrer en politique. Elle disait d’ailleurs : « la CGT c’est bien mais le parti communiste c’est le pas en avant ». L’aventure a duré 18 ans, 3 mandats successifs sans oublier son mandat d’élue à la Communauté Urbaine, instance créée en 1969 et venue renforcer l’hégémonie de la ville de Lyon.

Elle avait gardé de l’époque Berliet un goût prononcé pour l’action de terrain.

Elle intègrera le conseil municipal. La construction de la ZUP des Minguettes est en chantier et la Sacoviv vient d’être créée en 1962 puisque le gouvernement de l’époque, contrairement à d’autres villes voisines, avait refusé une société HLM à Vénissieux.

En mai et juin 1968, elle déploie un dévouement sans bornes dans l’aide exceptionnelle qu’apporte la ville aux travailleurs qui occupent leur usine.

Elle vivra, de la même manière que le maire et l’équipe municipale, comme un immense échec les étés chauds des Minguettes, le 16 juillet 1981, avec la perte du député communiste, balayé par la marée socialiste après la victoire de François Mitterrand.

C’est une femme totalement investie depuis 1983.  J’ai voulu la mettre à l’honneur lors des reconnaissances Vénissianes du Grand Rendez-Vous de la Ville, en septembre 2004 . Elle avouera à ce moment là : « si j’ai fait tout ça, c’est parce que j’aime défendre les gens et que je suis convaincue de la justesse de mes idées ».

Pour Marie, pas question de causer de la météo et d’autres platitudes : « Ah ça non ! Moi j’aime provoquer le débat. Souvent les copains me disent d’arrêter mais je ne peux pas. C’est plus fort que moi. Je crois que je suis plus révoltée que jamais, parce qu’on s’est battus pour obtenir des avancées sociales et qu’aujourd’hui, on nous reprend tout. Je ne le supporte pas. »

Les journées de Marie sont toujours bien remplies. Il y a l’incontournable partie de cartes de l’après-midi avec les copains du foyer du temps libre. Et bien sûr le militantisme : les manifs, les distributions de tracts, le syndicat CGT des retraités de Berliet et les réunions de cellule du parti communiste. Jamais pour faire de la figuration. Pour parler haut et fort, sans détours, comme à son habitude. « Dans les réunions je dis ce que je pense, sinon je ne dors pas de la nuit, j’en suis malade. Récemment on a enlevé la faucille et le marteau sur le journal de cellule, je n’étais pas d’accord. On ne doit pas avoir honte de notre emblème. Je l’ai dit ».

Connue comme le loup blanc, omniprésente, Marie est restée, malgré toutes ses responsabilités, une femme populaire, dévouée, généreuse, le cœur sur la main, éprise de justice sociale et d’humanité.  Avec son caractère trempé et son franc-parler, elle abordait les habitants pour qu’ils se bougent, qu’ils s’engagent et, si possible, qu’ils militent.

Elle avait une grande fierté d’être communiste dans une ville qui fut dirigée par Enmmond Roman, premier maire communiste, élu en 1935.

Malgré les échecs et les déceptions, elle croyait toujours aux valeurs du socialisme et du communisme.

Elle était toujours là, jusqu’à sa maladie pour défendre l’identité, la gestion ouvrière de la municipalité de Vénissieux à direction communiste.

Elle avait horreur des carriéristes. Humble, transparente jusqu’au bout des ongles, elle savait servir sans se servir. Elle n’a jamais pris la grosse tête.

C’est une grande dame, une personnalité Vénissiane, une vétéran du Parti communiste français qui compte 70 ans à son actif. C’est une responsable CGT hors pair.

Marie Cazorla est tout cela. Quelle chance de l’avoir côtoyée, d’avoir participé aux combats épiques avec les Berliet, avec les Vénissians, sans oublier les grands combats pour la paix dans le monde comme par exemple, la libération de Nelson Mandela.

Toujours présente pour défendre les valeurs républicaines, les principes de laïcité tant mis à mal ces 30 dernières années, c’est sans complaisance qu’elle combattait les idées racistes et xénophobes du Front national.

Après les élections municipales de 2014 et la décision injuste de revoter en 2015, les résultats obtenus lui ont à nouveau donné raison.

Je veux saluer ses combats aux côtés de Marcel Houël, Guy Fischer, moi-même et Michèle Picard élue et réélue maire de Vénissieux. Marie Cazorla, la petite Bastida de 14 ans est devenue une très grande dame. Toute sa vie durant, elle est restée fidèle à son engagement communiste.

Camille, Magali, neveux et nièces, nous connaissons votre peine et votre tristesse.

Quant à moi, je suis heureux d’avoir évoqué, un bref instant, l’histoire de Marie. Je l’ai connue personnellement en 1963 à l’usine.

Vous pouvez être fiers de cette femme d’exception.

Marie restera éternellement une révoltée au bon cœur.




A n d r é     G E R I N
Député-Maire Honoraire de Vénissieux
27 rue Francis de Pressensé
69190 SAINT-FONS
Tél - Fax : 04 78 67 16 99
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